Dans la tête d’un TDAH - Un TDAH en relation avec les autres

Entrevue avec  M. Boivin*  présentant un TDAH
*Nom fictif afin de préserver l’anonymat de l’interviewé.

L’acronyme TDAH signifie Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité. Dans le contexte de cette entrevue, la personne ne présente pas de symptôme d’hyperactivité.

– 3e Partie – 

Sandra Guimond: Quels genres de situations votre TDAH vous fait vivre dans votre couple ?

M. Boivin : Par exemple, disons qu’on a mangé le dessert devant la télévision. Une fois le dessert terminé, je me lève pour aller porter la vaisselle dans la cuisine. Ma blonde me voyant me lever me demande de lui apporter un verre d’eau à mon retour. En arrivant dans la cuisine. Je ne me souviens pas pourquoi je suis là, mais voyant les assiettes dans mes mains, je détermine donc que ma mission principale était d’aller porter la vaisselle. Ensuite, voyant le robinet, je me dis que j’avais aussi un objectif supplémentaire qui avait un lien avec de l’eau. Je constate que cela fait un bout que je n’ai pas bu et bois un grand verre d’eau. Croyant que le second objectif est atteint, je retourne dans le salon sans le verre d’eau de ma blonde. Elle me rappelle que j’ai raté le second objectif et je retourne lui chercher un verre pour elle.

Sandra Guimond : Est-ce que votre TDAH cause des problèmes dans votre couple ?

M. Boivin : Actuellement, très peu. Par contre, cela n’a pas toujours été ainsi. Il a fallu un temps d’adaptation à ma conjointe pour comprendre et accepter mon TDAH. Quand j’oubliais quelque chose, il y avait toujours un doute : « A-t-il vraiment un TDAH ou le TDAH, c’est une excuse pour tout ? » 

Une situation que l’on vit à quelque reprise c’est lorsque ma blonde s’organise une sortie de filles. Elle m’en parle quelques semaines avant et me le rappelle la semaine même. Quand elle me le rappelle, je n’ai aucun souvenir qu’elle m’en avait parlé. Là je réagis comme : « Si tu me l’avais dit d’avance, j’aurais organisé quelque chose avec mes amis de mon côté, là ma soirée est à l’eau. » et elle de répondre : « Je te l’ai rappelé déjà 2 fois et chaque fois, tu as réagi comme si je ne te l’avais pas dit! ». 

Sandra Guimond : Et elle vous invite à sa soirée de filles?

M. Boivin : (rire). Non, je sais qu’elle m’a prévenu même si je ne m’en souviens pas. Je m’organise de mon côté.

Sandra Guimond : Avec les amis et les collègues, comment cela se passe? 

M. Boivin : Quand ils savent que j’ai un TDAH, les gens s’ajustent à moi et ils sont plus compréhensifs envers moi. Par contre, je crois que le TDAH ne doit pas être une excuse à tout. Si vous avez un TDAH à un niveau qui dérange beaucoup, je crois qu’il est de votre responsabilité de vous améliorer à un niveau acceptable.

Sandra Guimond : Pouvez-vous élaborer sur le sujet ?

M. Boivin : Admettons que vous avez la responsabilité d’installer un certain système et que vous oubliez certaines parties lors de l’installation et que vous livrez un système qui ne fonctionne pas complètement. Il est possible que vous soyez vu comme incompétent. Vos clients, eux, ils veulent quelque chose de fonctionnel. Ce n’est pas leur problème si vous avez un TDAH. Eux ils ont payé et il est dans leur droit de s’attendre à un système fonctionnel.

Sandra Guimond : Dans votre exemple particulier, que feriez-vous pour améliorer la situation?

M. Boivin : Ça dépend, la façon la plus rapide et peut être la plus facile pourrait être la médicamentation. Personnellement, avant d’en arriver à ça, je me ferais une documentation d’installation ou une fiche avec des cases à cocher que je coche à mesure que j’ai fait une étape. Si la documentation existe déjà, j’utiliserais de la couleur pour mettre de l’emphase sur les parties où il est plus probable que je fasse des erreurs. L’utilisation du soulignement ou mettre en gras peut servir aussi. Ajouter dans la documentation des étapes de validation supplémentaires, etc.

Au fond, c’est juste de réfléchir à la manière qui nous convient le mieux et la mettre en action

Sandra Guimond : Est-ce qu'il y a des moments où vous n'oubliez rien?

M. Boivin : Oui cela arrive. Lorsque je suis plus intéressé à quelque chose qu'à mon habitude, mon niveau de concentration sur le moment présent est plus élevé et je m’aperçois que j'en perds beaucoup moins. Il m'arrive même que c'est moi qui aide les gens à retrouver le fil d'une conversation au lieu de l'inverse.

Sandra Guimond : Pourquoi n'êtes-vous  pas toujours à ce niveau d'attention selon vous ?

M. Boivin : Pour deux raisons, je crois. La première c'est que ce n'est pas tout ce que l'on fait et que l'on entend qui nous passionne au point de donner notre 110%. La seconde, c'est que je ne crois pas qu'il est possible de donner notre 110% tout le temps. C'est énergivore et il faut entrer dans l'équation des facteurs externes tels que la fatigue, un interlocuteur qui n'a pas de charisme et tout les stimulus visuels et sonores contre lesquels mon attention se bat (rire).

Sandra Guimond : Et à l'opposé, y a t-il des moment où vous êtes plus susceptible d'avoir un trouble d'attention?

M. Boivin : Bien sûr! Lorsque j'ai un flagrant manque d'intérêt pour ce qui se passe, lorsque je suis plus fatigué qu'à l'habitude, lorsque je fais quelque chose que je ne fais pas souvent sans être concentré sur ce que je fais, lorsque je ne me sens pas concerné par la conversation etc.

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