Dans la tête d'un TDAH - Un TDAH à l'école

Entrevue avec  M. Boivin*  présentant un TDAH
*Nom fictif afin de préserver l’anonymat de l’interviewé.

L’acronyme TDAH signifie Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité. Dans le contexte de cette entrevue, la personne ne présente pas de symptôme d’hyperactivité.

- 2e partie –  

Sandra Guimond : À l’école, comment cela se passait-il ?

M. Boivin : Les cours en classe ont toujours été pénibles pour moi. Garder une attention soutenue pendant une heure de temps m’est particulièrement difficile. Imaginez une journée complète.

Sandra Guimond : Et vos résultats scolaires devaient en souffrir?

M. Boivin : Sur ce point, je ne représente probablement pas la majorité des gens ayant un TDAH. J’en comprenais beaucoup en faisant les exercices, cela compensait pour mon manque d’attention. Par contre, je n’imagine pas ce que cela aurait été si l’école n’avait pas fait partie de la liste de mes aptitudes.

Sandra Guimond : Qu’en est-il pour les études post-secondaires?

M. Boivin : Les choses se sont compliquées un peu, mais j’ai réussi à m’en sortir tout de même. 

Sandra Guimond : Avez-vous un exemple d’une complication qui vous vient en tête ?

M. Boivin : Prenons certains cours de français. Lire un livre est très demandant pour moi. Je m’aperçois, en cours de lecture que je ne suis pas capable de dire ce qui s’est passé dans les deux ou trois dernières pages du roman. C’est comme si mes yeux suivent les lignes, mais sans que les mots entrent dans ma tête. Constamment, je dois reculer dans ma lecture, car je suis perdu dans l’histoire. Souvent, il y a des pages complètes qui ne me disent vraiment rien, comme si je les avais sautés. C’est très long lire un livre en reculant constamment dans sa lecture. Dans un contexte de livre d’école, imaginez la charge de travail supplémentaire que cela peut occasionner à un étudiant quand on doit répondre à des questions telles que : Pouvez-vous comparer le portrait initial au portrait final du roman?".

Il y a aussi que les salles de cours sont plus grandes avec plus de personnes. Si on est assis plus loin, on entend moins bien et c’est plus facile d’être déconcentré par les différentes stimulations  visuelles et auditives en plus de mes pensées qui finissent par devenir plus fortes que la voix du professeur.

Sandra Guimond : À l’université, les classes sont encore plus grandes et il y a encore plus de personnes. Comment avez-vous réussi?

M. Boivin : J’ai fait mon baccalauréat à distance. L’université offrait des cours qu’on pouvait écouter en direct ou en différé sur nos ordinateurs. Moi je les écoutais en différé et lorsque je m’apercevais que j’étais dans la lune, je pouvais reculer le cours de quelques minutes pour écouter le bout important du cours que je venais de manquer. Je pouvais aussi peser sur pause et continuer quand je voulais. Je n’étais pas contraint d’écouter trois heures d’un même cours sans arrêt. Un cours de trois heures pouvait m’en prendre 3h30 ou 4 heures, mais au moins je ne manquais pas de notions importantes. Lorsque j’étudiais pour un examen, je pouvais retourner dans les cours précédents et écouter ce que le professeur avait dit pour un sujet en particulier.

Sandra Guimond : Croyez-vous que vous auriez pu réussir quand même en classe? 

M. Boivin : Comme mentionné précédemment, j’ai de bonnes aptitudes scolaires. J’aurais sûrement réussi , mais cela m’aurait pris beaucoup de discipline ou peut-être de la médicamentation. Ça doit être plutôt terrible pour une personne ayant un  TDAH, si l’école ce n’est pas sa tasse de thé.

Sandra Guimond : Qu’entendez-vous par discipline?

M. Boivin : Faire mes lectures avant les cours pour être en mesure de prévoir les cours les plus importants à écouter. Arriver d’avance aux cours pour m’assurer qu’il reste des places en avant complètement pour limiter les sources de distraction. Essayer d’être plus conscient des moments où je suis distrait pour être en mesure de perdre moins souvent le fil du cours et poser plus de questions aux professeurs.