L'adolescence, parfois une mer houleuse



L’adolescence, parfois une mer houleuse…

Appuyée sur le bord de la fenêtre, Sophie est immobile et silencieuse. Son regard est sévère et évasif. Elle pense à son fils Vincent, âgé de 15 ans. Depuis quelques temps, elle le trouve différent, changé... Lui, qui aimait tant les « dimanches cinéma », moments où toute la famille se rassemblait pour regarder un bon film, n’est plus capable de passer plus d’une seconde en présence de ses parents. C’est comme s’il cherche à éviter la maison le plus possible; à passer tout son temps libre à l’extérieur. Et quand il est à la maison, lui poser une simple question peut être suffisant pour le fâcher, pour qu’il lève le ton ou qu’il renverse un objet sur son passage. Et puis… même quand on ne lui parle pas, il est impatient, irrité, soupire et claque les portes….  Quand elle a essayé d’en discuter avec lui, le tout a escaladé très vite. Pris de colère, Vincent a rapidement quitté la pièce en criant « de toute façon, je ne vaux rien! ». Sophie tente de se rappeler à quoi elle ressemblait à l’âge de 15 ans… Il lui semble qu’elle était assez heureuse, passant une bonne partie de son temps à parler au téléphone avec des amies. Que s’est-il donc passé avec son garçon qui a toujours été plutôt calme et souriant?
Quelles sont vos impressions suite à la lecture de cette vignette fictive? S’agit-il de situations fréquentes que la plupart des adolescents rencontrent? Ou y a-t-il des raisons de s’inquiéter?

« La crise d’adolescence »… oui, mais encore?!
    
L’adolescence est une phase de transition entre le stade de l’enfance et celui de la vie adulte. Elle implique de nombreux changements, tant pour l’adolescent que son entourage. L’arrivée de la puberté, le passage vers l’autonomie, les questions en lien avec l’identité (« qui suis-je? », « que veux-je dans la vie? »), l’impulsivité et les changements brusques d’humeur sont des caractéristiques de l’adolescence. Il n’est donc pas surprenant que cette étape puisse être parfois vécue comme une réelle tornade occasionnant de nombreuses questions, émotions et… conflits!

Face à toutes ces nouveautés, l’adolescent peut vivre plusieurs enjeux : questionnements sur les relations amoureuses et la sexualité, inquiétudes face à son avenir académique et professionnel, conflits familiaux, sentiment d’être incompris, etc. La liste est bien longue! De leur côté, face à certaines difficultés de leur adolescent, les parents peuvent vivre une gamme d’émotions : l’incompréhension, la colère, la culpabilité, l’inquiétude, une remise en question etc. Et c’est dans le flot de tous ces questionnements et émotions, qu’apparaissent souvent les pensées suivantes : « Suis-je normal? » et/ou « Est-ce normal? ». Il s’agit d’une question existentielle qu’il est bien normal de se poser à l’adolescence!

Un psy? Quand, pourquoi et comment?

Il est tout à fait possible de traverser l’adolescence d’une façon sereine en s’adaptant assez facilement aux changements. Toutefois, lorsque l’on ne reconnaît plus du tout notre enfant, qu’il adopte des comportements à risque et que les solutions que l’on a mises en place ne semblent pas fonctionner, il se pourrait qu’une aide professionnelle puisse être bénéfique. L’élément probablement le plus important à considérer est que l’adolescent reconnaisse vivre une difficulté et qu’il souhaite voir un changement à sa situation.
Le psychologue va généralement s’intéresser à ce que vit l’adolescent. Il va donc chercher à comprendre ce que l’adolescence représente pour celui qui en est l’acteur principal : tant dans les aspects positifs que dans les défis rencontrés, les émotions qu’elle lui fait vivre et les moyens qu’il utilise pour les exprimer. C’est en se centrant sur les besoins et attentes de l’adolescent, que ce dernier et le psychologue pourraient s’entendre sur les visées de leur travail. Une gestion des émotions plus satisfaisante, un travail sur les difficultés relationnelles (le rôle adopté en relation, la façon de communiquer ses désirs et ses besoins), consolider l’estime de soi, ou bien, simplement réfléchir à des situations qui sont plus difficiles à aborder avec l’entourage sont quelques exemples. Tout cela s’inscrit dans l’histoire personnelle et unique de chacun car aucune histoire, et donc aucun suivi, n’est semblable à une autre.
Face à la vignette fictive de Vincent, c’est en se penchant sur son présent, son passé, et surtout sa perception de ce qu’il vit que le psychologue et lui pourraient, ensemble, apaiser la mer houleuse.

Eugénie Krakhmalnikova, B. Sc, doctorante en psychologie clinique

Inspiration :
Lafortune, D. (2002). Variations sur le normal, le marginal et le pathologique à l’adolescence. Document inédit, Université de Montréal.