L'alcool : Réduit-il vraiment le stress?


Il nous arrive à tous de vivre du stress. Selon une enquête de Statistique Canada de 2001, près de 20% des travailleurs souffrent d’une maladie reliée au stress. Il est aussi fréquent de vouloir évacuer ce stress par des sorties, du sport, … ou même en buvant de l’alcool. On peut cependant se demander si l’alcool réduit bel et bien le stress. En lien avec cette question, différentes études ont été effectuées afin de savoir si la consommation d’alcool réduit réellement le stress. Ainsi, Sayette (1999) a tenté d’identifier des éléments qui ont un effet sur la diminution du stress jumelé à la consommation d’alcool. Voici 3 éléments qui ressortent de cet article : 

La conscience de soi 
La conscience de soi est définie comme la capacité à évaluer sa propre performance. Des personnes s’évaluant constamment peuvent ressentir du stress si le résultat de cette auto-évaluation est négatif. Selon certaines études (Hull 1987; Sayette ,1993), les gens ayant une conscience de soi « hyperactive » sont les plus susceptibles de ressentir une réduction du stress lorsqu’il y a consommation d’alcool.  En ingérant de l’alcool, la personne a plus de difficulté à bien coder les informations de l’environnement par rapport à elle-même et le stress qui est associé à une trop grande conscience de soi diminue donc.

La distraction 
La présence d’un stimulus plaisant ou qui distrait amène une diminution du stress. Lorsque la personne consomme en présence d’une distraction plaisante comme boire dans un bar entre amis, la personne perçoit seulement l’aspect plaisant de la situation et ne concentre pas son attention sur le stresseur.  Contrairement, si une personne boit en présence d’un stimulus neutre, comme boire seul dans un bar, la diminution de stress n’est pas ressentie et peut même augmenter le stress puisque la personne concentre son attention sur le stresseur. Puisque la plupart des gens boivent dans des situations qui incluent une distraction, le stress s’en trouve diminué. 

Le moment auquel il y a consommation d’alcool et stress
Un facteur qui peut aussi influencer l’impact de la consommation d’alcool sur le stress est le moment ou « timing » où il y a consommation. Il y a une plus grande diminution du stress lorsque l’alcool est consommé avant l’apprentissage de l’événement stressant qu’après. En d’autres mots, si le stresseur est déjà appris et qu’il a déjà causé un stress, la consommation d’alcool, par la suite, ne réduira pas le stress. Par exemple, vous apprenez que vous allez devoir faire un discours à une soirée et cette situation vous rend inconfortable. Puis, vous buvez après l’avoir appris. Vous aurez ainsi assez traité l’information stressante et cela induira tout de même une réponse stressante. Par contre, si vous apprenez que vous devrez faire un discours après avoir consommé de l’alcool, le stress sera moindre. En effet, l’alcool entrave les processus cognitifs (l’événement stressant) et peut ainsi empêcher l’activation de souvenirs et de concepts stressants associés.  

Il est commun à tous de vivre du stress. Tout le monde a sa façon, adaptée ou non, de le gérer. Par contre, malgré que l’alcool puisse avoir parfois pour conséquence de diminuer le stress, tous les effets ressentis demeurent tout de même « artificiels », puisqu’ils ne sont pas liés directement à la consommation d’alcool, mais au contexte dans lequel ce dernier est absorbé et au niveau de conscience de soi du consommateur. Prendre un verre pour se calmer en situation stressante peut aussi occasionner l’instauration d’un cercle vicieux où l’on croit que l’alcool devient nécessaire pour gérer notre anxiété quand, dans la réalité, cette perception est fausse. La seule manière de diminuer et de contrôler durablement son stress est d’apprendre à en reconnaître les signes et d’acquérir des stratégies de gestion efficaces pour y faire face comme les techniques de relaxation et les épreuves de la réalité.

Auteures: Roxane Brochu, doctorante en psychologie, avec la collaboration de Sandra Guimond, psychologue et neuropsychologue. Toutes deux travaillent chez Psycho-Experts à Québec.

Pour en savoir plus : 





Sayette, M. A (1999). Does drinking reduce stress?. Alcohol Research & Health, 23(4), 250-255. 
Statistique Canada. (2003). Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : santé mentale et bien-être.