Le TDA/H : prendre conscience des biais évaluatifs pour de meilleures pratiques cliniques - Huitième partie

7. Conclusion

La présente réflexion a apporté plusieurs indices supportant le phénomène de surdiagnostic du TDAH. Les biais pouvant expliquer cette tendance sont nombreux. Le premier type de biais est d’ordre méthodologique. Plus précisément, il est en lien avec une manière de définir le TDAH qui ne semble pas assez spécifique actuellement. Les difficultés attentionnelles et l’agitation peuvent survenir dans plusieurs portraits cliniques distincts. Une approche trop comportementale ne permettrait pas de faire les nuances nécessaires au diagnostic différentiel. Un autre type de biais est lié aux erreurs de raisonnement et de jugement dont peut être victime tout cerveau humain. Les biais de confirmation, de disponibilité et de récence, ainsi que les limites de la mémoire de travail peuvent tous contribuer à augmenter le taux de mauvais diagnostics. De plus, ces biais peuvent s’activer plus facilement grâce à certaines caractéristiques socio-culturelles. Par exemple, les stéréotypes masculins augmentent la probabilité de recevoir un diagnostic de TDAH. Un système éducationnel sous-financé et des exigences de rapidité et de performance pour contrôler les enfants peuvent stimuler l’émergence d’une pression importante sur les professionnels de la santé pour qu’ils posent le diagnostic de TDAH. Dans le doute, plusieurs intervenants préfèrent donner le diagnostic afin de s’assurer que la personne évaluée ait un minimum de soin. Ce choix est louable de prime abord, mais il peut amener un questionnement quant à l’aspect éthique d’une telle décision.

En somme, les difficultés attentionnelles sont des symptômes non spécifiques. Elles indiquent souvent un problème, mais sans préciser nécessairement sa nature. Les problèmes d’attention et de concentration s’inscrivent dans une dynamique globale qui doit être prise en considération afin d’éviter le plus possible les « faux-positifs ». La connaissance et la compréhension des biais méthodologiques et socio-culturels affectant le TDAH sont au cœur d’une meilleure pratique clinique. Pour ce faire, il m’apparaît important de soutenir l’émergence d’un modèle bio-psychosocial en remplacement du modèle biomédical dominant.

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Partie 7