Transition difficile

Il n’est pas rare de retrouver un facteur environnemental lié aux difficultés psychologiques de la personne. Les symptômes dépressifs et anxieux apparaissent insidieusement, mais les causes sont souvent invisibles aux yeux de la personne souffrante. 

                                                                                                                      Photo unsplash.com

« À 20 ans, j’étais une jeune femme sérieuse et sensible. Une nouvelle aventure commençait pour moi : la transition du Cégep vers l’Université. Un nouvel établissement, une nouvelle ville, de nouveaux camarades, de nouvelles responsabilités et surtout, de nouvelles pressions. J’avais de bons résultats scolaires jusque-là, mais j’avais une mauvaise image de moi et je manquais de confiance en mes capacités. Je savais qu’en sciences infirmières, cette fois, il n’y aurait plus de place à l’erreur puisque c’est la santé de mes patients qui serait alors en jeu.
 
Il faut l’avouer, je commençais à devenir sérieusement anxieuse. Je me suis également trouver dans une nouvelle situation : je fus contaminée par le virus de la grippe et tombée malade. Après m’en être débarrassé et avoir tenté de reprendre mes cours, je me rendis compte que mon anxiété était plus intense que jamais. J’ai commencé à perdre le contrôle de moi-même. 

Rétrospectivement, je peux identifier certains événements qui ont précipité mes crises anxieuses et mes craintes. Tout a semblé se passer soudainement et sans qu’il n’y ait de cause. Je réagissais, aussi bien émotionnellement que physiquement, d’une façon que je ne pouvais plus comprendre. J’avais l’impression d’avoir perdu le contrôle de mes émotions et de mon corps. Jour après jour, je souhaitais que tout ce qui se passait s’arrête comme par enchantement. J’ai même émis le vœu de me réveiller un jour en retrouvant celle que j’étais plusieurs mois auparavant. J’étais en mode survie. »

Les événements traumatisants et stressants constituent l’une des causes les plus importantes de l’anxiété. Il pourrait sembler suffisant de demander à une personne, par exemple si rien de grave ne lui est arrivé avant le début de sa phase d’anxiété. Lorsque l’on pose cette question, la plupart des gens signalent avoir vécu une situation significative (par exemple une transition vers l’université). Cependant, la signification associée à cette situation n’est pas toujours évidente pour la personne anxieuse. Pour cette raison, plusieurs psychologues s’intéresseront davantage au contexte de l’événement ainsi qu’au sens ou à la signification qui y est associé. Comment a-t-elle vécu son entrée à l’université? Que signifie pour elle le fait d’avoir eu une moins bonne note à son examen? Ces questions éclaireront la personne sur les causes réelles de son anxiété. 

Le présent article s’inscrit dans un projet volontaire de vulgarisation en psychologie clinique. Le but initial est de vous présenter différentes facettes de la santé psychologique par le biais de vignettes cliniques réalistes impliquant des personnages fictifs. Nous espérons que ce projet puisse également lever le voile sur la dimension humaine derrière le diagnostic. Nous écrivons sur des sujets qui peuvent vous toucher, vous inspirer et qui vous informent.

David Lévesque, B.A, doctorant en psychologie clinique 
Alexandra Paré-Lambert, D.Psy, psychologue clinicienne

Inspiration :
Barlow, D. (2007). Psychopathologie : une perspective multidimensionnelle (2e éd.). Bruxelles : De Boeck.